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Aperçu historique

Refuge de St. Maximin à Luxembourg construit en 1751 par l'abbé Scheffer. Jusqu'en 1840 deux portes
d'entrée donnaient accès au refuge
Bienséance au dehors, commodité au dedans, c'est ce que voulait l'esprit général de cette époque rationaliste portée vers les réalités concrètes de l'existence, vers l'utilité immédiate et ce qui pouvait la rendre agréable. Nul siècle ne fut plus tolérant ni moins affirmatif. Dans les salons des philosophes on faisait assaut d'esprit, dans les boudoirs des grandes dames l'esprit composait avec le c½ur un marivaudage exquis.
Voilà pourquoi la façade de cet imposant édifice, où domine la ligne horizontale des maisons bourgeoises, respire une gravité sans ennui tandis que l'intérieur, où l'imagination des artistes se délecte à créer des formes et une ambiance conformes à l'esprit du temps, tout est confort, mignardise et frivolité. De portés vers la magnificenec et d'ennuyeusement solennels qu'ils étaient au grand siècle, les hommes sont devenus plus humains, aimant à folâtrer et à plier à leurs
badinages follement fantaisistes des ornements décoratifs trop longtemps raidis dans leur ordonnance symétrique.
Des esprits austères regrettaient ces excès de frivolité et trouvaient le style nouveau bien rococo et gratuitement bizarre. En attendant il fallait être de son temps et si les moines trouvaient que les modes changeantes s'accordaient mal avec leurs cagoules anachroniques, les architectes, sculpteurs et peintres leur disaient qu'il y allait de leur honneur et que, du temps de Marie-Thérèse comme du temps de Saint Louis, les artistes revendiquaient comme un droit imprescriptible celui d'en faire à leur tête.
Vers 1750, le style rocaille s'harmonise en évoluant vers des formes moins torturées, moins follement fantaisistes, mais la réaction contre la rigidité de parade du style Louis XIV continue. Après tant de pompe ennuyeuse, on avait soif d'abandon, après la somptueuse symétrie de l'architecture du grand siècle on aspirait à plus de liberté individuelle et à plus de douceur caressante.

En tête: Les armes (bourgeoises et parlantes) de l'abbé Willibrord Scheffer telles qu'elles figurent sur la
grande Grille du Refuge de St. Maximin se trouvant actuellement au château de M. Collart à Bettembourg. (Dessin M. Haagen.)

Vous trouverez ci-après l'histoire du bâtiment principal du Ministère des Affaires étrangères, à savoir l'Hôtel Saint Maximin, situé 5, rue Notre-Dame à Luxembourg.

LE REFUGE DE 1751 par NICOLAS RIES
Nous allons voir dans quelles circonstances les moines de l'Abbaye St. Maximin de Trèves ont été amenés à construire un nouveau Refuge à Luxembourg. Il n'est pas impossible qu'en dehors des raisons alléguées par les Bénédictins trévirois, dont l'abbé rangeait en tête des états du clergé, il y en ait eu d'autres qu'on ne pouvait avouer dans un document adressé au Conseil provincial et à la souveraine. Parmi ces raisons il en est une qui pourrait paraître assez plausible.
C'est la rivalité des religieux d'Echternach, qui, la même année 1751, commencèrent la construction de leur Refuge sous la direction de I'abbé Grégoire Schouppe, intronisé comme abbé d'Echternach en 1728, décédé à Aix-la-Chapelle le 19 juillet 1751.
Les moines de St. Maximin possédaient un refuge à Trèves, (infra muros), tout comme ceux de St. Mathias, Tholey, Ste. Marie, Himmerode, Wadgassen et ... Echternach. Ce dernier, le Echternacher Hof, se trouvait dans la Dietrichsgasse et fut plus tard occupé par la Maternité (Entbindungsanstalt). Pour ce qui est de celui de St. Maximin, il se trouvait à l'entrée de la Sichelgasse et s'appelait Fetzenreich, du nom du premier propriétaire de cet immeuble, Boniface, surnommé le riche (Faetzenriche) à qui l abbé Rorich l'avait acheté en 14081).
Quant aux Bénédictins d'Orval, ils avaient des maisons de refuge dans les villes fortifiées d'lvoix, Longwy, Huy, Montmédy, Marville et Luxembourg2). Comme nous ne voudrions pas trop nous écarter de notre sujet, nous renvoyons à plus tard, au moment de la vente des biens nationaux pendant l'occupation française, une série de remarques concernant le sort des refuges d'Echterllach et d'Orval.
Le créateur du Refuge de 1751 est Henri SCHEFFER, fils des époux Henri Scheffer-Macher, orfèvre à Luxembourg. Né le ler mars 1697, il entra le 15 août 1720 à l'abbaye St. Maximin, où il prononça ses v½ux le 14 septembre 1721 et prit le nom de Père Willibrord3). Ordonné prêtre le 23 septembre 1724, il fut élu 79eme abbé de ce monastère le 21 avril 1738 et intronisé le 9 novembre suivant par Lothaire de Nalbach, suffragant de l'archevêque de Trèves.-Les registres de l'ancienne paroisse St. Nicolas nous apprennent qu'au mois de mai 1749, c'est-à-dire alors qu'il était abbé de St. Maximin depuis plus de dix ans, I'abbé Willibrord Scheffer a tenu sur les fonts baptismaux Henri-Willibrord de Feltz, dont le père, Jean Ignace de Feltz, seigneur de M½stroff et de Larochette, échevin et receveur général à Luxembourg, habitait en face de l'ancien Refuge et de la cathédrale, dans l'immeuble occupé de nos iours par la Maison des Oeuvres. L'abbé Scheffer mourut subitement le 29 octobre 1762.
Nous ne possédons aucune donnée sur le premier Refuge de St. Maximin dans la ville de Luxembourg. Tout ce que nous savons, c'est qu'il occupait le même, ou plutôt une partie du même emplacement que celui que construisit l'abbé Scheffer en 1751, en l'étendant du côté opposé à l'église des jésuites, la cathédrale actuelle.

Alémorial aux armes de l'abbé Mazimin Gülich se trouvant dans la cour du Refuge, aujourd'hui jardin de
l'Hôtel du Gouvernemenf. (Dessin Michel Haagen)
Ceux qui se sont occupés de l'histoire de notre Refuge- ils sont d'ailleurs peu nombreux-n'ont prêté qu'une attention fort sommaire au Mémorial historié et sculpté, conservé dans la cour du Refuge, à droite du Pavillon du fond.
Ce sont deux pierres réunies plus tard portant chacune les armes parlantes de l'abbé Maximin GULICH (1610-1680), 74me abbé de St. Maximin, un hongre (Gülling) dressé debout et l'une les armoiries de St. Maximin, I'aigle impériale à deux têtes, que nous retrouvons également à Echternach comme manifestation d'immédiateté, I'autre un écusson à l'ours maximinien. Or voici l'inscription de la pierre de gauche:
SUBJECTAM CAVEAM CUM SUPERSTANTE AEDIFICIO
A FEUNDAMENTIS EFEXIT MAXIMINUS A GULICH EX
SANCTO VITO ABBAS Sti MAXIMINI. ANNO MDCLXIII.
Nous sommes d'avis qu'elle ne saurait avoir d'autre signification que celle-ci que c'est l'abbé Gülich qui, en 1663, a construit le premier Refuge de St. Maximin à Luxembourg.
Il sera d'autant plus intéressant de suivre les données recueillies sur la construction du nouveau Refuge par feu le professeur Nicolas van Werveke et consignées dans une étude parue en 1903 dans l'Annuaire de notre Cercle artistique. Sans entrer dans tous les détails fournis par notre auteur, au texte duquel nous renvoyons nos lecteurs, nous aurons l'occasion de compléter les renseignements fournis par N. van Werveke et de les corroborer par un grand nombre de dessins et de reproductions photographiques dus à l'art et au dévouement de nos collaborateurs.
Il paraît que le plan du Refuge a été établi par l'ingénieur-lieutenant Steinmetz, attaché aux services du gouverneur de la forteresse. Quant au style du nouvel édifice, il est bien de son temps, c'est-à-dire de l'époque Louis XV. D'abord, il ne s'agissait pas de donner à cette succursale d'abbaye les apparences d'un château seigneurial, mais plutôt d'une vaste maison bourgeoise, dont les formes visibles fussent pleines de dignité sans rien révéler de l'esprit qui l'animait et qui s'étalait à l'intérieur de ses salles d'apparat et de ses salons intimes.

Plan de la cave du refuge: le four se trouve au N°4. 1,2,3 Archives. 7,8 charbon et chauffage
Bientôt toute ligne s'arrondit et se replie sur elle-même, tout renflements'harmonise et se féminise, tout mouvement se fait sourire. Le badinage reprend ses droits, l'intimité renaît. Plus de ces façades solennelles comme des portiques de sanctuaires ni de ces escaliers d'honneur occupant le centre des édifices et faits pour le déploiement de cortèges innombrables. Plus de ces galeries fastueuses où l'or, les bronzes d'art, la peinture et la sculpture rivalisent de somptuosité. Les salles d'apparat se réduisent aux proportions des salons où l'on cause, des boudoirs où l'on cultive l'intimité et la mignardise chère aux Watteau, Boucher Eragonard et Chardin. Et ce besoin d'intimité s'incarne dans un mobilier gracieux et confortable, où les artistes cultivent l'originalité la plus savoureuse.
Après les tâtonnements du style transitoire de la Régence rocaille, les formes nouvelles s'équilibrent sans que, cependant, il soit possible, aux environs de l'année 1750, de décerner quel sort l'équitable avenir réservera à l'évolution de ces formes, qui éprouvent visiblement le besoin de s'harmoniser et de se coordonner.
Sans doute, et pendant plusieurs décades encore, nous verrons les angles s'arrondir et les formes se plier au caprice féminin. Dans la décoration des salons et dans les incurvations du mobilier, la coquetterie rivalisera longtemps encore avec la mollesse et la frivolité, mais la solennité grandiloquente du passé semble définitivement abolie.
La sculpture est devenue essentiellement décorative et enjouée. La fantaisie règne en souveraine dans le stucage des plafonds et des panneaux muraux, dans la sculpture des portes et des lambris. Les encadrements, les écussons, les cartouches se contournent et s'enguirlandent au gré du dessinateur, comme si, dans ce jeu capricieux des formes, celuici avait à c½ur de montrer que toutes choses créées, enfants, plantes, fleurs, rubans, bêtes, instruments pacifiques et engins guerriers sont à la merci de l'artiste créateur, qui, s'il lui plaît de les arranger de façon qu'ils n'aient plus que l'apparence de leur réalité quotidienne, leur assigne cependant un rôle éminemment décoratif.
l) J. Marx: Geschichte des Erzstiits Trier, Il, 1, Bd., S. 126.
2) N. Tillière: Histoire de l'abbaye d'Orval, 3e éd., 1927, pp.92-101.
3) A. Rupprecht: Les Logements militaires à Luxembourg pendant la période de 1794-1814. ons
Hémecht, 1926, p. 354.
Faisons remarquer que les renseignements biographiques fournis par le Dr. A. Neyen dans sa Biographie luxembourgeoises ne concordent qu'en partie avec ceux que le regretté Emile Diderrich fournit dans son Inventaire descriptif des Taques du Musée historique de Luxembourg. D'après le chanoine Dr. Lager de Trèves, qu'il avait consulté à cet effet, l'abbé Willibrord Scheffer serait né le 3 octobre 1700 (N.: lér mars 1697), et devenu profès le 1er septembre 1721 (N.: 15 août 1720). M. Diderrich nous apprend aussi que Joseph-Willibrord Scheffer, neveu de l'abbé, fut curé de Dalheim jusqu'à la Révolution.
4) Kurze Notiz über den Bau des jetzigen Regierangsgebäudes, von N van Werveke. Sonderabdruck aus dem Jahresheft 1902-1903 des Kunstvereins von Luxemburg, Druck von M. Huss, 1903.